L’appétit : signe de vie!

Certaines personnes disent parfois : « J’ai perdu l’appétit, ça devrait m’aider à manger moins et à maigrir! ». Mais perdre l’appétit n’est jamais bon signe… et perdre du poids pour cette raison l’est encore moins!

D’ailleurs, la perte d’appétit est particulièrement préoccupante et devient souvent un signal d’alarme chez les plus de 70 ans. Il est rarement recommandé de perdre du poids après cet âge. S’il nous est conseillé d’en perdre pour une raison médicale, nous devons le faire très graduellement pour éviter la perte de masse musculaire et le manque d’éléments nutritifs. Sinon, les conséquences peuvent être très néfastes sur la santé et la qualité de vie.

Au-delà de nos « besoins de survie »

L’appétit et la faim sont des concepts très importants pour notre santé, et ce, à tout âge. Ils sont contrôlés par certaines des hormones produites par notre corps comme la leptine et la ghréline. Mais l’appétit et la faim sont affectés par plusieurs autres facteurs comme, entre autres, notre environnement, nos émotions et nos habitudes de vie.

Le corps humain est programmé pour envoyer des signaux de faim qui nous dictent quand et combien manger. Malheureusement, ces signaux peuvent être perdus ou faussés pour différentes raisons. Les aliments servent souvent à combler des fonctions autres que les « besoins de survie ».

La faim, pour diverses raisons, sera donc influencée de différentes façons. C’est pourquoi il est essentiel, autant en cas de manque d’appétit ou d’appétit plus grand que nécessaire, de porter une attention à nos besoins de base. Il nous faut comprendre pourquoi notre corps ne communique plus nos besoins réels.

Dans le programme intitulé « Craving Change », créé dans les années 2000, la faim est définie en trois catégories : la « faim du ventre », la « faim de la bouche » et la « faim du cœur ».

La « faim du ventre »

La « faim du ventre » est couramment appelée la « vraie faim ». Elle se présente lorsque le corps doit combler un manque d’énergie et d’éléments nutritifs. En situation idéale, nous devrions ressentir cette faim aux environs du lever, et par la suite, aux 4-5 heures durant la journée. En cas de manque d’appétit, selon la cause et la durée de la perte de la faim, il faut chercher à recréer cette structure pour éviter des manques nutritifs importants. Souvent, si la personne ne peut manger suffisamment, il sera même conseillé de manger plus fréquemment (par exemple aux 2 heures). Nous pouvons aussi enrichir les repas au besoin.

La « faim de la bouche »

La « faim de la bouche » est plutôt reliée aux saveurs des aliments. En effet, certains aliments sont consommés pour la principale raison d’avoir bon goût.  Puisque les goûts diffèrent d’une personne à l’autre, cette faim est naturellement variable pour chacun. Les goûts sont partiellement innés, mais plus souvent acquis selon quels aliments ont fait partie de notre vie et ce qu’ils ont représenté pour nous.

Cette sorte de faim est tout de même importante puisqu’elle nous aide à combler la « faim du ventre », particulièrement en cas de manque d’appétit. La saveur de la nourriture peut certainement nous motiver à manger. À l’opposé, consommer des aliments pauvres en nutriments seulement parce qu’ils ont bon goût peut augmenter le risque de ne pas obtenir les éléments nutritifs nécessaires au bon fonctionnement de l’organisme. Il peut également en résulter un apport énergétique excessif qui, lui aussi, peut avoir un effet négatif sur notre état de santé.

La « faim du cœur »

La « faim du cœur », quant à elle, représente le besoin de manger qu’ont plusieurs personnes lorsqu’ils vivent une émotion comme le stress, l’ennui, la tristesse, la joie… « Manger ses émotions », comme plusieurs appellent ce comportement, est acquis au travers de notre développement et de nos expériences de vie.

Lorsque nous étions enfants, nous avons tous déjà reçu un bonbon comme récompense ou été consolés avec une crème glacée ou un biscuit. Malheureusement, avec le temps, ces comportements peuvent prendre beaucoup d’ampleur et occasionner des excès nuisibles à la santé. Ce moyen légal, abordable et tellement accessible pour satisfaire les émotions est de plus en plus utilisé. D’ailleurs, les aliments gras, salés et sucrés augmenteraient la production de dopamine au cerveau et ainsi le sentiment de bien-être recherché.

Écouter les signes reliés à la faim

Il est important d’être plus attentif à notre appétit et aux différentes raisons de manger ou de ne pas manger. Avant tout, il ne faut pas oublier que nous devons manger pour nous nourrir et pas seulement pour nous remplir.

Nous devons autant que possible écouter les signes reliés à la faim que nous envoie notre organisme. Savoir les reconnaître, les interpréter et les respecter peut par contre représenter un défi, surtout si ces signes ont été négligés avec le temps et les événements.

Si vous pensez avoir besoin d’aide à ce sujet, vous pouvez communiquer avec l’équipe de nutrition du Centre de santé communautaire de l’Estrie. Plusieurs de nos diététistes offrent aussi le programme de groupe « Craving Change », qui vise à aider les gens qui ont de la difficulté avec certains comportements alimentaires.  N’hésitez pas à vous informer.


Mireille Marineau est diététiste au Centre de santé communautaire de l’Estrie à Cornwall en Ontario. Elle rencontre des clients de façon individuelle pour discuter de leurs objectifs nutritionnels et travaille avec eux pour améliorer leur alimentation. Selon les besoins de la communauté, elle offre également des programmes de groupe et présentations diverses.

* Cet article a été publié dans le magazine Vivre + de la FARFO, édition mai 2021.